En avril 2015, la société de transport Keolis créait sa filiale Kisio, qui rassemble toutes ses activités de solutions et services B to B. Kisio Digital (anciennement Canal TP) est le département de Kisio en charge des solutions numériques à destination des voyageurs et des acteurs du transport de voyageurs (transporteurs et autorités organisatrices de transport). Il développe des services web et autres applications mobiles pour diffuser l’information voyageur, calculer un itinéraire, acheter des tickets en ligne et les valider avec son smartphone (m-ticket). Pour mener à bien sa mission, et réconcilier développement et production informatique, Kisio Digital a mis en place la méthode DevOps.

Explication avec Guillaume Crouïgneau, Directeur Exécutif Sébastien Preneta, Chief Technology Officer de Kisio Digital (Keolis)

Quel impact a eu la création de Kisio Digital sur l’organisation générale des services informatiques au sein du Groupe Keolis ?

Guillaume Crouïgneau (GC) : La création de Kisio Digital a clarifié les rôles de chacun en précisant les missions de la DSI et des autres équipes. La filiale Kisio Digital a désormais en charge l’ensemble du développement des solutions et services numériques à destination des voyageurs et des autorités organisatrices de transports (AOT). Cela va de la conception des produits à leur commercialisation, en passant par le management des équipes.

La DSI se concentre quant à elle sur le système d’information interne au groupe, dont son développement et sa production informatique. La DSI se charge par exemple des accès internet et des outils bureautiques des collaborateurs, mais aussi des applications métiers, des solutions de paie et de finance. Elle gère également la sécurité du SI.
L’organisation précédente n’était pas optimale. Il y avait des doublons de missions et de fonctions entre la DSI de Keolis et les équipes de développement de Kisio Digital. Désormais, tout est beaucoup plus simple. Nous gardons des contacts étroits et réguliers avec la DSI du groupe. Mais nous contrôlons désormais totalement le développement des produits numériques, comme c’est le cas par exemple pour notre récente application mobile « PlanBookTicket », qui permet de préparer son trajet, d’acheter et de valider son titre de transport depuis un smartphone.

Vous avez adopté la méthode DevOps. Pourquoi ?

Sébastien Preneta (SP) : L’idée de la méthode DevOps est de faire travailler, main dans la main, les équipes « Dev », chargées du développement des applications, et les équipes « Ops », chargées des opérations, c’est-à-dire l’exploitation informatique. Clairement, un certain nombre d’entreprises ont appliqué à l’organisation de leur informatique des modèles issus du génie civil des années 60, avec d’un côté ceux qui développent et mettent en place des solutions ; et de l’autre ceux qui assurent l’exploitation des solutions.

Mais cela génère des points de friction, car les premiers veulent sans cesse faire évoluer le système, alors que les seconds préfèrent que rien ne bouge. Pour réconcilier DSI et CTO, la méthode DevOps propose de réaliser des petites évolutions régulières des solutions, plutôt que de réaliser de grands changements brutaux une fois par an.

Avec des évolutions régulières, mais de faible ou moyenne importance, il est plus facile de corriger rapidement et simplement d’éventuels problèmes. C’est ce que nous faisons par exemple pour notre solution Navitia, plateforme en marque blanche destinée aux autorités de transports, qui intègre de la recherche d’itinéraire et de l’information voyageurs. Cette solution, leader du marché, est mise à jour tous les 15 jours, sans accaparer les ressources des équipes de développement et d’exploitation.

Comment avez-vous mis en place cette méthode ?

SP : Pour pouvoir mettre à jour régulièrement la solution, nous avons automatisé un maximum de processus. Les tests logiciels sont par exemple désormais totalement réalisés par la machine, alors qu’ils étaient gérés manuellement auparavant. Autre point important : pour que les équipes « Dev » et « Ops » puissent travailler ensemble facilement, nous les avons rassemblées géographiquement.

Enfin, pour chaque projet, les équipes peuvent s’appuyer sur un chargé DevOps qui assure la cohésion de l’ensemble. Il maintient notamment le dialogue et la co-responsabilité des équipes. Il nous a fallu deux ans pour mettre en place cette méthode que nous continuons de peaufiner. Aujourd’hui, l’ensemble des produits réalisés par Kisio Digital sont développés en DevOps.

Quels sont les bénéfices de cette réconciliation entre DSI et CTO ?

GC : Elle permet de fluidifier et d’accélérer le déploiement d’innovations à destination des voyageurs. Elle rapproche les équipes de « build » et de « run » qui ont tout intérêt à travailler ensemble. Les séparer, en leur confiant des objectifs, des calendriers et des procédures différents, crée un mur de confusion. Ce mur tombe en disant simplement : nous allons innover, à un rythme régulier, sans rupture et en mettant toutes les équipes à contribution.